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ON N'EN PARLE JAMAIS!

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ON N'EN PARLE JAMAIS!
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6 septembre 2011

24 : Depuis le Panorama de Berlin, Dagmar s’épanche à court terme !

 

Résumé du précédent épisode : A Zegg Joël se répand entre les seins géants de Zelda quand par hasard, ils tombent effarés sur une bande vidéo qui indique que Zegg a été créé par les services secrets de l’Allemagne de l’Est ! Léa n’est pas en reste à Barcelone où Alexandre son amant lui apprend que Greenpeace en Angleterre a frayé avec les farines animales dans les années 70. Dagmar dégagée de ces contingences ne pense qu’à s’éclater durant trois jours.

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Dagmar étanchait sa soif d’amour en pestant contre Léa son échappée belle, dans un monologue opaque entre les bulles de sa cinquième Berliner Kindl[1].

-         Née un 13 août 1989 à quelques mois à peine avant la chute du Mur de Berlin, de parents qui naquirent morts de rire en 1961 au 15 de la Strasse Toleranz située à quelques mètres du Reichstag, l’année de l’érection de cette protection antifasciste selon le point de vue encore en rigueur dans la partie Est de ma tendre jeunesse. Je m’en lave les fesses ! Fi du lavage de cerveau de mon pater en odeur de sainteté avec le régime du faux cil et du marteau. Laisse béton, mec, où j’t’en fiche une !

Le zigue éconduit repartit la queue basse en pestant une injure dont la capitale berlinoise avait la saveur, du style : espèce de pute du Ku’damm, fourre toi du clacos jusqu’à l’os[2].

L’estomac barbouillé et les idées qui prenaient le large, Dagmar flageola jusqu’aux toilettes, tandis que toujours plus haut, le son d’un mix académique à rétamer un rat dans l’eau des égouts de Berlin abonné aux basses fréquences, vous tambourinait les tympans. C’était comme toujours cette enseigne à l’effigie d’une vulve géante qui, comme un aimant, avait attiré Dagmar au Panorama, un club branché. Clin d’œil à ses folles nuits d’antan, quant au détour d’un regard et d’une jupe ras le zonzon, elle avait croisé Léa qui s’envoyait en l’air dans un remix assourdissant sur les sons obsédants du dj pilleur des meilleurs ziziques des années 70. Ça avait collé aussitôt la trempette dans les toilettes entre les deux nanas. Un je ne sais quoi d’envergure à prendre le rut par le con et décharger le saint-frusquin de toute sa cargaison des mouillettes. 

On était le 13 août 2011, comment Léa avait-elle pu oublier l’anniversaire de leur rencontre ? Elle la savait avec un drôle de type louche qui se faisait appeler Alexandre, le bien heureux ! Pour une fois, elle accordait toute sa confiance à la force tranquille de Nils, le géant, pour qu’il lui rétame la bouille à coups de pognes et coups de lattes bien pensées en souvenir de sa virilité. Elle lui avait même demandé qu’il lui envoie fissa la photo de la tronche de l’autre pourri. Toujours aucune nouvelle ! Quant à Joël, il devait s’éclater à tous les sens du terme à Zegg. Elle s’en fichait, elle se fichait de tout. Elle était entrée le jeudi au club dans la ferme attention d’un ressortir sur les rotules le lundi soir, sans plus savoir dans cet univers entièrement bouché à quelle heure de quelle minute elle se situait. Une revanche en quelque sorte à la valeur qu’elle accordait à son futur proche, quand les cognes auraient mis la main sur elle et tous les autres activistes. Vivre en vase clos, vaste programme… Bien entendu, comment tenir le coup sans un quelconque remontant. Les chleuhs en parfaits hypocrites y connaissaient un rayon planque et tête en extase. Il suffisait de tremper son index dans la sauce, une mixture blanche, un remède de cheval qui prenait la place des clopes dans le paquet et ni vu ni connu l’embrouille. Cool l’ambiance !

C’était complètement dingue, comment les promoteurs de rêves de la société de consommation et les maffieux de l’ex bloc soviétique s’étaient appropriés les cités dortoirs complètement déglinguées, côté Est. Comment une centrale électrique désaffectée avait rempilé ses volts pour que le tout Berlin branché et même les touristes étrangers débarquant par charter, viennent se bouger le popotin à la santé du nouveau Berlin désaffecté de la vermine coco.

Déjà à 18 ans, elle s’était barrée de la casbah de ses vieux qui ressassaient le discours encore en vigueur contre les « contrebandiers » et autres « déserteurs » de la République démocratique d’Allemagne qui vendirent dans les années 60 leur force de travail à l’ère capitaliste yankee, alors que le pays avait besoin de tous ses bras pour redresser la barre et tenir la tête haute face au grand frère soviétique. 

Les alternatifs du Kreutzberg cosmopolite (à l’époque encore le quartier turc de Berlin), du moins ceux qui subsistaient, l’avaient accueillie dans un squat sans rechigner ni lui poser de questions, même si encore et toujours le Mur dans la tête pouvait encore signifier que les Ossi prenaient les Wessi pour des lanternes[3]. Retour à l’envoyeur, c’était de bonne guerre économique, après la chute du Mur, petit à petit, avec la flambée de prix, les proprios remirent la main basse sur leur magot des immeubles que les alternatifs avaient entièrement rénovés et s’empressèrent de les faire virer et les envoyer paitre à la périphérie des quartiers situés à l’Est. Les bobos friqués vinrent s’encanailler à Kreutzberg qui avait perdu presque définitivement son franc-parler politique en actes.  

Auparavant et durant l’existence du Mur, plusieurs générations avaient senti le filon. Sacré aubaine pour créer une vaste utopie dans une ville en vase clos où les mâles en état de se battre pour la patrie ou ne serait-ce que porter l’uniforme échapperaient au dogme guerrier et seraient suspendus de cette corvée. Les universités avaient créé les fruits de l’effervescence. Quand, comme de bien entendu, dans les années 1968, Berlin la rebelle s’enflamma. Simple coïncidence ou correspondance des genres avec la naissance des activistes politiques du groupe Baader / Meinhof ? Les sus dénommés terroristes par la sociale démocratie totalement dépitée qu’on lui vole la vedette. La RDA sœur ennemie pigea immédiatement les ressorts qu’elle pouvait tirer de cette agitation politique. En sous-main et arme vengeur, elle accorda l’asile et même l’anonymat sous une nouvelle identité pour certains activistes de l’autre rive qui ne se montraient pas trop réticents à un lavage de cerveau. La chute du Mur représenta aussi une chute libre pour les ex activistes de l’Ouest qui s’étaient planqués à l’Est. Dénonciations et remise à jour des fichiers de recherche des terroristes par les services secrets de la chasse aux sorcières des années 70, tout un programme bien rodé !

Toute une génération née avec la chute du Mur et de grands parents nazis, marquée par cette époque charnière abdiqua et consentit à se mouler  dans la société de consommation et un certain confort matériel complètement artificiel. Tandis que Dagmar et une minorité s’engageaient dans les mouvements alternatifs et anti-nucléaires en lisant Baader et Meinhof.

 

S’écroulant dans les toilettes devant la défaite de sa pensée en égard de sa si courte existence, Dagmar but la tasse et se vida de son trop plein de haine envers l’homme qui lui avait volé son amour fou.

-         Je te tuerai, je te tuerai et te ferai bouffer tes rognons aux petits oignons !

C’est alors qu’une frangine la pris dans ses bras pour la réconforter. Elle avait les seins légers et un doux goût d’anis entre les cuisses. Ce que ne savait pas encore Dagmar, c’est que la donzelle apitoyée n’était pas à côté de la plaque mais en service commandé pour lui soutirer des informations. Sa survie à elle représentait une question cruciale. Comme si en échos, on entendait encore les cris dans les cachots des opposants au régime. Une certaine réminiscence des nostalgiques de la Stasi[4] en sursis, en quelque sorte ! ?  

 

 



[1] L’une des deux plus fameuses bières de Berlin qui se décline en brune ou en blonde.

[2] Référence à la grande artère de Berlin Ouest du grand bazar commercial où on trouvait tous les produits du monde dont le célèbre camembert, alors qu’à l’Est les bananes faisaient fureur. C’est resté dans les humeurs.

[3] Ossi ex habitants de l’Allemagne de l’Est et Wessi, allemands de l’Ouest

[4] Ex police politique Est allemande

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12 août 2011

23. Archéologie alternative

Résumé du précédent épisode : Dans le train vers Berlin, Joël et Dagmar croisent un membre actif du collectif des artistes russes de Voïna. Dagmar est évasive. Quant à Joël, il est conquis. Arrivés à Berlin, Dagmar lui fausse compagnie. Joël doit se rendre seul à Zegg…

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« Joeeel ! Mais ton nom est un cri de joie qui illumine le monde entier ! »

Le rédac’chef tenta de cerner le sujet de ses bras maigrichons mais Zelda, poétesse tchèque, l’un des plus vieux piliers de Zegg, s’échappa une fois de plus, mue par une féline agilité qui ne semblait compatible avec ses formes opulentes. Ses yeux brillaient, ses seins frémissaient dans son décolleté.

-         Prune maligne

Mes yeux te déshabillent

Ma bouche supplie ton eau    

Implore ton don sans conditions

J’intégrerais ta substance

Lentement je te dévorerais…

-         Zelda ! Ma Safo !

-         Ouiiii ! J’adore les femmes autant que les hommes !

-         Attends-moi, chérie, je viens…

La poétesse tchèque s’enfuyait, toujours hors de portée, pour instantanément revenir le provoquer. Elle s’accrocha à la balustrade en faisant saillir ses fesses splendides. Son chemisier remonta le long de son échine, découvrant une moulure art déco tatouée au creux de ses reins. Zelda semblait cracher du feu lorsqu’elle chantait le grand air de la Traviata en s’enfuyant aux étages supérieurs. Joël se sentait perdu et désirait se perdre plus encore dans ce labyrinthe de la communauté Zegg où elle l’entraînait.

-         Comprends-moi, je me charge de vérifier tes connaissances et aptitudes pour l’amour libre ! Peux-tu éviter tout sentiment de possession ?

-         Mais ma petite demoiselle de Prague, j’ai étudié, qu’est-ce que tu crois ? Viens donc par ici voir dans ma culotte, j’y ai tous mes diplômes !

-         Rattrape-moi, escargot ! Et sais-tu que les gastéropodes ont tout pour me séduire ? Car ils sont hermaphrodites, les chéris ! Hihihi !

-         Attends-moi, mon cœur, je te démontrerais que je suis une lesbienne patentée…

C’était dans un grenier que se jouerait le jeu. Zelda tournoyait sur elle-même, s’enroulant dans les toiles d’araignée qui formaient des étoles. Elle trébucha sur une cassette vidéo et s’écroula sur une caisse d’où sortit beaucoup de poussière et quelques autres cassettes vidéo hors d’âge. Joël s’apprêtait à sauter sur l’appétissante tchèque mais au dernier moment, l’intitulé d’une cassette vidéo attira son attention : « Réunion Wolf-Momo automne 87  Projet ZEGG».

-         Dis-moi très chère, ne sommes-nous pas en train d’essayer de faire l’amour dans la mémoire de Zegg ?

-         Viens, espèce de fou ! Tu m’exciiiiiiites !

-         Range tes phérormones deux secondes… Faut que tu me trouves un magnétoscope en état de lire cette vidéo de toute urgence…

-         … Tu es au paradis de la récupération, l’ex-Allemagne de l’Est… Viens dans ma piaule, mon magnétoscope PAL se défend pour son âge… Et je peux même te faire une copie à DVD…

-         Je suis fou d’amour pour toi, Zelda. Allons-y tout de suite…

Finalement, c’était encore plus horrible que ce Joël avait imaginé. Même Zelda, qui vivait à Zegg depuis 35 ans, proposa de quitter les lieux au plus tôt. Markus Wolf, le chef des services secrets de l’Allemagne de l’Est, avait choisi Zegg, la communauté de l’amour libre, comme base d’un réseau mondial d’espions spécialisés dans le sexe en tant qu’outil politique. Tout au long du film, il en discutait avec un certain Momo, ancien de mai 68 viré soviet qui semblait au fait des réseaux alternatifs français et allemands. Ce dernier affirmait que dans les orgies se retrouvaient tant les partisans de l’amour libre que d’anciens militants « tout un potentiel de propagande » que l’on pouvait « utiliser pour des buts plus élevés ». Les deux compères faisaient l’inventaire des magouilles de coercition sexuelles qu’il était possible d’employer afin que les politiciens prennent le juste chemin.  « Sans compter les éventuelles rentrées d’argent… » ajouta Momo avec un clin d’œil graveleux insupportable.

 

Joël et Zelda, terrassés par la révélation, infortunés spectateurs découvrant leur clan trahi et traître, n’osaient plus se toucher, tant l’amour avait pris une connotation infecte. Le magnétoscope disjoncta de lui-même, sans doute écœuré, après que Markus Wolf eut expliqué avec clarté comment discréditer les « militants trop remuants, comme les anti-nucléaire » par « des tactiques de mouillage en eaux troubles », comme par exemple envoyer des filles Zegg sur les sit-in anti-nuke.

-         On est toujours un peu manipulés, non ? risqua Zelda dans le silence qui s’était installé

Elle saisit la main de Joël et la tint serrée dans la sienne, entre ses seins. Joël pensa tout d’abord à se dégager puis la chaleur convaincante de Zelda le gagna et, pour la première fois de sa vie, il s’effondra en larmes. Les seins de Zelda exhalaient un parfum qui les rendait douces. La poétesse tchèque chantonna dans sa langue rocailleuse puis :

-         Joël, je crois que tu es arrivé ici juste à temps. Il faut laver Zegg de sa propre histoire. Parce que le concept Zegg est beau, et qu’il reste beau même si un fou sanguinaire cherche à se l’approprier.

-         C’est vrai que ce n’est pas parce qu’Hitler a créé les autoroutes ou la berline familiale qu’on a arrêté de voyager…

-         T’as du pain sur la planche, mon coco… Va falloir démonter tous les péages mis en place par ce salaud de Markus Wolf… Tu connais des gens qui peuvent nous aider ?

-         C’est la cuadrature du cercle, ma chérie… Je viens juste de rencontrer un groupe d’activistes russes. Ils se nomment Voïna…

-         D’anciens soviets, tu veux dire ? Ce serait parfait pour démonter le travail fait pour leurs ancêtres !

-         L’Utopie n’est pas morte, ma Zelda !

 

Alexandre, de son côté, tentait de faire entendre le même genre de raison à Léa, mais elle était tout aussi rétive que Joël.

-         Je te dis que les Verts et Greenpeace ont permis l’abaissement des températures des farines carnés, regarde les heures de la Chambre des Lords, c’est écrit noir sur blanc pour l’année 1977.

-         Et pourquoi ils auraient fait ça ?

-         Est-ce que je sais, moi ? Peut-être cru ont-ils que les farines carnées données en pâture à des herbivores étaient une forme de recyclage ? Peut-être désiraient-ils ne pas être jugés comme de dangereux communistes pour leur premier mandat d’élus ? Peut-être Margaret Tatcher leur a-t-elle promis des poubelles recyclables ?  Peut-être y a-t’on mis le prix ?

-         Tout a un prix, merci, je sais. Il se trouve que je paye le tarif plein pot et que donc je n’accepte pas qu’un traître me donne des leçons à la noix en disant du mal de mes amis.

-         Ta gueule, poupée d’amour, je crois qu’on a de la visite…

 

Léa, furieuse, balaya d’un grand geste théâtral le rideau cramoisi de l’hôtel, dévoilant ainsi l’étrange panorama de la rue Arc du Théâtre. C’était comme une impasse qui donnait sur les Ramblas, où l’on voyait encore des graffitis sur les murs et où les vieux pervers venaient encore pisser en mémoire des glorieuses putains qui s’y aggloméraient en des temps plus folkoriques. Un touriste européen du Nord, blond, de haute stature, prenait des photos de la pierre ou arrêtait les passants pour leur poser des questions. Il semblait chercher quelque chose. Lorsque Léa parvint à scanner son déguisement, ses pupilles se dilatèrent. Alexander, qui la rejoignit à ce moment-là, l’étreignit de façon à ce qu’elle ne puisse ignorer l’excitation qui le reprenait. Sa main poilue alla fourrager sous la robe de Léa, tandis qu’Alexander la maintenait plaquée contre la vitre. Le pouls de Léa s’accéléra. La seule pensée qu’on puisse la voir en situation délicate la faisait frémir. Alexander profita sans vergogne de cet état de fait, introduisant ses doigts préalablement sucés dans l’intimité de Léa. Lorsque Nils passa tout à côté sans les voir, l’orgasme la bouleversa alors qu’Alexander la bâillonnait. Après il fuma une de ces cigarettes russes à filtre doré. Alors qu’il la passait à Léa, encore étourdie :

-         Qui c’est ce pédé ?

-         Je peux t’assurer qu’il n’est pas seulement pédé…

Alexander tira sur sa cigarette sans le moindre commentaire. Léa se refusa à imaginer une rencontre de ces deux hommes. Puis brusquement, comme par hasard, elle ne put s’empêcher de penser à Dagmar. Que serait-il advenu de sa tendre amazone ?

 

4 août 2011

22. Guerre et paix, Voïna et tout le tralala…

Résumé du précédent épisode : finalement Léa a le maffieux dans la peau qui lui ramone tous ses désirs. Il cherche même à passer une alliance avec les activistes sous l’oreiller ! Joël et Dagmar partent en train à Zegg tandis que Nils ratisse tout Barcelone pour retrouver Léa.

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Presque à sec, le fric s’était volatilisé avec Léa et les bonnes résolutions de révolutions. Couper court au souffle de l’autre escogriffe encravaté qui devait avoir mis la main sur la plus rebelle des journalistes qui lui fut donné de rencontrer, Nils devait s’en charger. Joël s’était laissé pousser la barbe, c’était plus prudent. Quant aux cheveux c’était déjà trop tard, les dernières mèches intactes jouaient la voltige au-dessus de son crâne dégarni ! Comme il le craignait, le groupe s’était scindé et était donc devenu plus vulnérable. En levant les yeux et croisant le regard noir de sa voisine, il sourit à l’aspect jeune bourgeoise tombée du nid. Il cilla sur le décolleté saillant du tailleur. La métamorphose de Dagmar était saisissante. Sa perruque rousse éclaboussait ses taches de rousseur. On aurait dit un couple disproportionné par l’âge ou un patron en phase de harcèlement ou encore un père emmenant sa fille en voyage. Elle n’avait pas ouvert la bouche depuis leur départ de la gare de Barcelona. Les écouteurs à ses oreilles, elle se timbrait les tympans aux sons déchirés du premier album de Nina Hagen.

Joël entreprit la lecture studieuse d’une biographie d’Einstein, son héros contrasté. « Je ne me considère pas comme le père de l’énergie atomique » Ça commençait bien ! Tu charries Albert….

Un homme ouvrit la porte du compartiment. Il portait un uniforme de flic d’un pays de l’Est avec une croix en or qui cintrait ses décorations héroïques, la moustache assortie. Il parlait haut et fort dans une langue gutturale, le téléphone portable barré de la faucille et du marteau porté à l’oreille. Léa sortit de sa léthargie et pointa de l’escarpin une cheville de Joël qui faillit verser son gros volume par-dessus bord et dégainer un bienvenue assorti d’une bastos bien à propos. C’est dingue ce que Dagmar pouvait receler de trésors entre ses obus, une armada ! Elle avait déjà légèrement déboutonné sa veste quand l’homme éclata d’un rire tonitruant en allemand à l’attention de la jeune femme.

-                     Mademoiselle, vous êtes la recrue rêvée aux idéaux radicaux que je chevauche comme un cheval fou. Je me présente : Oleg ressortissant russe en rupture de ban, membre imminent de Voïna[1] qui signifie la guerre en Russe. Nous sommes un groupe radical. Nous rugissons aux impostures des chimères consuméristes du capitalisme finissant. « Nous sommes entrés en guerre contre les loups garous en uniforme, l’obscurantisme politique et social pour la liberté de l’art contemporain ».Le pénis est l’organe le mieux compris des services secrets. Jetez un œil sur nos œuvres.

Dagmar bouda au zizi de 62 mètres de haut intitulé : « La bite prisonnière du FSB[2] qui avait fière allure et dressait sa fougue à Saint-Pétersbourg. Il avait été pris en photo sur le pont-levis en face des bureaux des successeurs du KGB. Sauf qu’en ce qui la concernait, ces attributs ne relevaient pas de son sens de l’humour.

L’homme comprit sa méprise.

-                     A moins que vous ne préfériez l’art du retournement de voitures de police avec ses occupants flics à l’intérieur complètement bourrés, histoire de dénoncer la corruption du régime. Je peux même vous traduire la légende en russe au dos de l’image. Voiture renversée à l’entrée du Musée russe, installation artistique pour demander la réforme au ministère de l’Intérieur.

Dagmar grimaçait de sa plus belle dentition, replongeant au plus profond de ses esgourdes profondes se coulant avec la voix de Nina. En revanche, Joël paru très intéressé par ce nouvel art démonstratif.

-                     Nous savons donner de notre personne et nous connaissons déjà les cachots ! « On s’est retrouvé en prison parce que le gouvernement russe est devenu fou. Il est tombé dans la xénophobie et l’obscurantisme. Il a violé les droits de l’homme et des libertés afin de voler tranquillement les pétrodollars du peuple. Les vrais extrémistes ce n’est pas nous mais eux. L’artiste a pour mission de s’opposer. S’en prendre à la police, c’est attaquer leur toute puissance. En Russie, la population a trop peur de l’autorité ».

Joël hochait la tête à toutes ces affirmations soutenues par les photos des happenings du groupe. Les deux hommes fraternisèrent et échangèrent un cri de ralliement prochain.

 

Arrivés à Berlin, sa seconde peau qu’elle connaissait comme les moindres recoins de son string en cuir, Dagmar sema Joël avec complaisance. Il planait déjà au-dessus de la Baal-Babylone européenne un soupçon de vent brûlant qui vous retournait les sens. Joël imagina le jeune Einstein voguant toutes voiles dehors à bord de son frêle voilier vers sa théorie de la relativité. L’Alex[3], si cher à Alfred Döblin le médecin écrivain dans la verve d’un Céline, sema sa zone dans l’esprit en vadrouille de Joël. Le message de Dagmar qu’il reçut en écho finit par l’achever.

-         Mon papi chéri, on se retrouve dans trois jours. J’ai un besoin express de décompresser et baiser. Je te recontacterai.

A Barcelone, un autre homme nageait dans la mélasse. Nils avait encore une piste à creuser, la dernière pour retrouver Léa saine et sauve !

 

 

 

 

 

 



[2] Services secrets russes

[3] La Place Alexanderplatz symbolisait le centre-ville lors de l’épopée de l’Allemagne de l’Est et était aussi la gare de transit pour les touristes en goguette avant la chute du Mur. Elle donna le titre du fameux roman  « Berlin Alexanderplatz » de Döblin qui fut  adapté au cinéma avec maestro par Rainer Werner Fassbinder.

28 juillet 2011

21. Parfum phérormones

 

 

 

Résumé du précédent épisode : Léa en discussion avec le mystérieux inconnu cravaté en ressort assez déstabilisée. Une décision capitale entre les activistes doit être prise à son sujet.  Il en va de leur survie !

 

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Léa repoussa les draps, qui douloureusement frôlèrent ses tétons enflés, et prit sa tête entre ses mains. Elle haletait encore. Une main d’homme manucurée jaillit hors des draps et pinça délicatement mais fermement le téton gorgé de désir. Léa geignit sans dégager sa tête.

 

 

 

-                     Mes amis disent que tu es extrêmement dangereux.

-                     Ils n’ont pas tout à fait tort.

-                     Mais enfin tu te rends compte de que tu me forces à les trahir ?

-                     J’en suis flatté au plus haut point. Amène ton cul par ici, j’ai encore envie de te sauter.

-                     Arrête tes enfantillages, ils ont envisagé de te tuer.

-                     Mais d’abord tu me fais une pipe comme tu sais si bien le faire avec ta grande bouche de salope. Allez, hop, plus de discussion, au boulot.

 

De nombreuses heures passèrent encore, dans la chambre d’hôtel qui donnait sur les Ramblas. Alexander l’avait tringlée accrochée au balcon, il lui avait ensuite abondamment léché le minou, la porte grande ouverte sur le personnel de nettoyage au demeurant au préalable copieusement arrosé. Léa l’attacha au lit pour le dévorer avant de s’empaler sur lui, ce qui dura des heures, comme s’il était sous perfusion de Viagra. Ils grognaient, bavaient, s’affrontaient et recommençaient. Quand l’aube commença à rosir le port de Barcelone, la boîte de préservatifs roses était épuisée et ils étaient étendus tous les deux, côte à côte, la main dans la main. Alexander avait une voix un peu rocailleuse, qui remuait Léa au bas-ventre, en dépit d’elle-même.

-                     Ma famille est de Sarajevo. C’est là-bas qui m’a fait ce que je suis. Tu sais ce que nous avons en commun ?

-                     Pas grand-chose.

-                     Nous ne jouirions pas aussi fort.

-                     Tais-toi sale macho ou je te refais une pipe.

-                     On est tous les deux addicts au danger, à braver tous les interdits, à nous foutre de nos tabous, à faire ce qui bon ou mal nous semble.

-                     C’est pas pour les mêmes raisons !

-                     Mêmes causes, mêmes effets, chérie. Nous avons la nécessité du même exutoire : le sexe, sans commentaires oiseux. Pour la pipe, je suis partant.

 

Il n’y avait pas moyen que ça s’arrête. Parfois, en plein milieu d’une acrobatie, Léa tentait de penser à Dagmar, mais jamais elle n’arrivait à se concentrer suffisamment longtemps. C’était affolant tout de même mais surtout délicieux et, dans la vie d’une activiste en état de recherche et capture, il n’y a pas tant d’occasions que ça de s’amuser.

 

Tout avait commencé pourtant de manière assez formelle. L’homme aux lunettes noires avait donné rendez-vous à Léa pour la première livraison du remboursement de la dette dans le magnifique hall art déco de l’hôtel Fonda España. Elle était arrivée un peu en retard, avec sa mallette de backgammon pleine d’euros flambant neufs et ses talons aiguille, entre pute et touriste nordique, comme l’homme aux lunettes noires l’avait exigé.  Elle a jeté le jeu sur sa table. Il l’attendait avec deux martinis dry et leur olive, tout juste servis, comme s’il avait su très précisément à quelle heure elle ferait son entrée. Elle le trouva très énervant, avec ses grands airs. Il entrouvrit le jeu de backgammon afin d’en vérifier le contenu. Satisfait, il se recula sur sa chaise et observa Léa, qui boudait, furieuse.

-                     Je vois qu’on devient enfin raisonnable…

-                     Bien sur, sous la menace…

-                     Prenez votre Dry Martini, ce barman est un génie du shaker.

-                     … Il en manque un peu… Nous avons eu des frais…

-                     Bien entendu. N’oubliez jamais que nous sommes du même bord… Nous aussi sommes anti-système et pro-démocratie. Les dictatures sont toujours très jalouses des associations de notre genre…

-                     Oui, mais vous manipulez et ne pensez qu’à la corruption.

-                     Parce que vous et vos copains n’êtes pas forcés par nos adversaires, le système légalo-capitaliste, de faire de même ? Laissez-moi rire. Une vraie bagarre laisse toujours des traces de sueur sur le corps de l’autre… Nous avons pourtant des intérêts communs… Nous pourrions joindre nos forces au lieu de nous affronter…

-                     Et dans quel but ? Provoquer un krach boursier à Kalua Lumpur ou une révolution à Manille ?

-                     Nous laissons ces choses-là aux amateurs. Mais puisqu’on parle d’Asie, savez-vous qu’il existe une centrale nucléaire abandonnée aux Philippines ? Le dictateur Marcos voulait l’indépendance énergétique pour son archipel, ainsi que la possibilité de faire de bonnes affaires avec l’Afrique de l’Est ou l’Iran, par le commerce des sous-produits. La centrale a été construite à Bataan et chargée, mais jamais activée. A présent les philippins songent à la transformer en attraction touristique, car ils n’ont plus le budget pour correctement entretenir le monstre? A votre avis, combien de temps avant le prochain tremblement de terre aux Philippines, combien de temps avant que les intégristes musulmans philippins mettent la patte sur ce trésor de plutonium non activé ? 

 

Non loin de là, dans le bar La Vaca, les amis de Léa, passablement confus, s’étaient réunis. Dagmar désirait partir au plus vite pour Zegg, la chaleur l’étouffait à Barcelona.

-                     Tu ne vas tout de même pas laisser tomber ton grand amour ?

-                     C’est peut-être elle qui m’a laissée tomber !

-                     C’est vrai que c’est étrange qu’elle ait voulu retourner seule à Can Más Deu…

-                     … et qu’elle n’y soit jamais arrivée, dixit Jordi ! Bordel, je la connais, la garce !

-                     Moi, en tous cas, je reste et j’attends Léa. Et reste polie avec elle, Dagmar ! Toi et Joël vous partez à Zegg, où vous préparerez le terrain en vue de notre arrivée… En train, c’est plus sûr. Toi, Joël tu seras un universitaire en communication qui voyage avec sa nièce assistante, Dagmar.

15 juillet 2011

20. Affreux sales et méchants portent tous le même costard!

 

 

Résumé du précédent épisode : les activistes sont accueillis chaleureusement à Can Mas Deu, fraternelle utopie en actes à Barcelone. Les débats à propos du nucléaire et du solaire vont bon train. Un drôle de zigoto propose une interview à Léa sans que l’assentiment de tous les autres ne soit à son comble.

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La voiture suédoise se posta aux abords des Ramblas où les shorts et les tongs côtoyaient la fine fleur des pigeonneurs. Le souffle chaud relevait les dreadlocks de l’homme en costar. Elles paraissaient si légères, contenu du contraste vestimentaire qu’il portait comme un soutien actif à son maintien. Mais à Barcelone, plus que partout ailleurs dans les autres grandes métropoles européennes, on se la jouait dégagée. Dans une ruelle une enseigne vous tapait dans l’œil : bar Marsella.

-         Ah oui, c’est pas du côté de Raval, un quartier vachtement sympa et vivant avec plein de frangines très ouvertes ?

-                     Tu parles Dagmar, des frangines avec des poils aux seins ! Même qu’il y en avait une bien allumée qui m’a juré qu’elle avait rencontré la vierge sur Montjuich[1]. 

-                      On t’écoute Léa. Raconte ta discussion avec le cador.

-                     On s’est installés à une table et tout de go, ce goujat a annoncé qu’il voulait parler affaire. Je me sentais toute petite en ce haut lieu convivial qui n’usurpait pas sa réputation. Alfred Jarry et même Verlaine y avaient déjà posé leurs nobles fessiers et refait le monde à leur image. Les miroirs mats de poussière ainsi que les étagères recelant des bouteilles invitaient à la détente et aux confidences. A peine étions nous entrés et installés, que la barmaid à crête d’iroquois avait déjà déposé le verre d’absinthe à notre intention.

- C’est la boisson qui fait fureur ici.

Léa s’apprêtait déjà à porter à ses lèvres l’élixir….

-                     Vous n’y êtes pas du tout ma chère ! C’est tout un cérémonial qui va s’accorder parfaitement à notre conversation. La technique consiste à tremper le morceau de sucre dans le liquide avec votre cuillère puis le sortir en le laissant fondre au-dessus de l’alcool, un petit peu dans le pur style des junkies avec un briquet afin de le caraméliser. Plongez le sucre dans le verre qui s’épongera et régalez-vous. A vous de goûter.

-                     Hum ça a comme un goût d’anis.

-                     Je sais tout de vos agissements et où vous vous cachez. Quel que soit votre planque je vous retrouverai. Vous avez emprunté une somme qu’on veut récupérer avec intérêts.

Léa s’était levée brusquement ouvrant sa musette et extirpant son Luger cadeau de Dagmar. L’homme fut plus prompt à la réplique, qu’elle ne l’avait calculé. Il avait bloqué son coude et récupéré son arme, puis lui avait gentiment rendu avec un sourire complice.

-                     Laissez tomber votre antiquité, je vous croyais plus raffinée. Vous me décevez. C’est aussi ce que je pensais en étudiant votre dossier. Vous êtes des activistes amateurs. De grands penseurs aux idées creuses et totalement inoffensifs, sauf en ce qui concerne votre don de subtilisation des grosses sommes par le biais du virtuel. Là je crie au génie. Vous me rappelez un peu le héros du film Cavale[2], un terroriste qui s’évade de taule au bout de 15 années et se retrouve tout seul avec la réalité et ses idées d’antan de la révolution qui l’ont dépassé d’un cran. Les temps ont changé et surtout de nos jours. Dans les années 70 et 80, les terroristes du groupe Baader / Meinhof, les Brigades Rouges ou en France les militants d’Action Directe étaient pourchassés pour leurs actes politiques délictueux. L’Allemagne a libéré tous les militants impliqués dans ces mouvances. En France, ceux qui ne sont pas crevés de la peine de mort à perpétuité sont tous bousillés et on recule encore leur âge à prendre la retraite en liberté. Aujourd’hui, pour un pet de travers l’Etat envoie son escadron de la mort pour circonscrire l’affreux pétomane. Seule l’affaire de Tarnac a éclaboussé en plein jour. C’est l’arbre qui cache la forêt. Déjà en mai 2007, après la découverte d’un sac en plastique contenant des bouteilles de liquide incendiaire sous une dépanneuse de police garée rue Clignancourt à Paris, ce fut l’émeute paranoïaque dans les couloirs du ministère de l’Intérieur. La chasse à l’ADN était ouverte. La mouvance anarchiste et autonome était dans le collimateur. Le ministre Toutfeutouflamme brandit la menace terroriste. Et les bavures débordèrent en plein jour. Pour une infime bombe lacrymogène dans un sac, lors d’une banale manif, vous en preniez pour sept heures de garde à vue. Sous prétexte d’une consigne très stricte de la préfecture qui invitait à interpeller les individus « dont l’apparence et le comportement laissent supposer l’appartenance à un groupe à risque de la mouvance anarchiste ». La section antiterroriste du parquet avait les coudées franches pour mettre à l’ombre les individus louches selon les soupçons d’un nouveau délit de sale gueule. La Mauvaise réputation revue et actualisée par un Brassens et direct, on l’aurait mis au niouf, le poète révolté. En 2009, dans la nuit du 4 décembre, des gus s’attaquèrent à des distributeurs automatiques de billets avec des marteaux, de l’acide et de la colle afin de les rendre inopérants. Une soixantaine dans l’est parisien furent touchés par leur sauvagerie.

L’homme ouvrit le nœud de sa cravate et s’épongea le front avant de reprendre. Léa considérait le lustre antique.

-                     Je reprendrai bien un second verre de cet excellent breuvage qui m’ouvre de nouveaux horizons…

-                     Non. Je veux que vous gardiez les idées claires à tous mes propos. On vous sait parfaitement innocente de la bombe qui a explosé dans le local de votre webzine. Mais dans le contexte où il faut trouver un nouvel ennemi intérieur pour maintenir dans la peur la populace avant les prochaines élections de 2012. Vous représentez le monstre personnifié à abattre.

Léa haussa les épaules et commença à se lever.

L’homme la perruque de travers qui suait à gros bouillons lui tordit le poignet dans un subtil effort pour garder son sang-froid qu’il avait très chaud en fin de compte.

-                     Je peux vous aider. Il y a un moyen de jeter l’éponge sur votre emprunt substantiel involontaire, (hum hum raclement de gorge) en échange d’une simple enquête. Nous vous garantirons les défraiements en toute quiétude ainsi que le matériel nécessaire à vos investigations et nous pourrons même vous dénicher un grand quotidien français pour vous exprimer. Qu’en pensez-vous ?

-                     Nous ne sommes pas à acheter. Notre liberté n’a aucun prix.

-                     Attention, le plan B peut être très méchant.

-                     Vous ne vous sentez pas ridicule dans vos fringues de cadre moyen sortant du bureau. Oh, mais regardez les deux zigotos qui viennent d’entrer. Ils sont incroyables. Ils ont perdu l’usage de leurs corps.

-                     Ce sont des zentai, ils sont revêtus d’une combinaison intégrale qui recouvre leur anatomie comme une seconde peau. Ils popularisent des pratiques sexuelles venues du Japon. Je parie qu’ils vont se payer une tranche de plaisir au El Cancrejo[3], un cabaret très animé.

-                     Vous êtes incollable, vous alors ! Et une fois enlevé complètement votre uniforme, vous ressemblez à quoi ?

Un rictus marqua la gêne de l’homme qui savait tout.

-                     Léa je vous laisse deux jours. Je ne voudrais surtout pas qu’il vous arrive du mal. Faites passer le message à vos amis. On attend  votre réponse. C’est moi qui vous recontacterai. Je ne vous retiens pas. N’oubliez pas que je suis un ami qui vous veut du bien.

Son regard glissa entre les fesses de l’activiste qui d’un bond s’éjectait du bar, les cuisses à l’air libre.

 

Léa retrouva son clan à Can Más deu, alors qu’ils commençaient déjà à envisager des hypothèses plus tragiques.

-                     Ce type me parait extrêmement dangereux. A moins que Frédéric ne nous donne un sérieux coup de main afin de construire une fusée en quarante-huit heures, je ne vois aucun moyen de lui échapper.

Joël consultait le guide européen des utopies, son agenda personnel. Nils se frappait un poing sur l’autre tandis que Dagmar criait sa rage.

-                     Scheiss[4], encore un de ces tarés de mec qui aurait dû naître fille ! Je peux l’aider à changer d’angle d’attaque à ce porc !

-                     Pour une fois je consens d’approuver la teutonne. Je crois qu’il ne nous reste qu’une seule solution. Faire disparaitre définitivement ce nuisible

-                      Joël, dis quelque chose !

-                     Je crains que cette sorte d’individu se reproduise comme des clones. Si on le tue, ce dont je me sens totalement incapable et qui n’était pas du tout prévu dans notre escapade, je crois que je me rendrai à la police.

-                     Toi, légalement, tu es mort, alors ne fais pas chier.

-                     Tu ne vas pas baisser les bras, Joël, pas toi.

-                     J’ai repéré d’autres lieux d’utopies qui pourraient nous accueillir en Europe dont un situé à une heure de Berlin. Zegg, tu connais Dagmar ?

-                     Après un cimetière, une léproserie, tu nous proposes maintenant un ancien camp de la Stasi[5] voué en tant que laboratoire des politiques de l’amour. Je rêve ! Vous êtes tous barges !

-                     Faites l’amour pas la révolution, oui j’en ai entendu parler à Oslo.

-                     Il faut choisir, soit on tue l’affreux ou on se barre s’éclater les sens chez nos cousins germains ?

-                     It’s big dilemme ! On met aux voix….

 

Vos héros favoris prennent une semaine de vacances. Vous les retrouverez mercredi 27 juillet !



[1] (Le Mont des Juifs) 

[2] Film de Lucas Belvaux

[3] Cabaret le Morpion

[4] Merde

[5] Police secrète est-allemande

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7 juillet 2011

19. Et on tuera tous les affreux (Vernon Sullivan)

 canmasdeu19b

Depuis le périphérique engorgé de Barcelona Nord, il fallait prendre la sortie Canyelles jusqu’à la gigantesque rotonde Karl Marx (ça semblait un bon signe), puis laisser l’hôpital pour enfants sur la droite. Face au terrain de football, il fallait prendre à droite vers la montagne Segarra, puis tourner sur le premier chemin de terre à gauche, le camí[1] de Santiater, qui menait au cœur du Valls[2] d’en Más Deu, où se trouvait la terre des utopies, l’ancienne léproserie de Can Más Deu, sur laquelle flottait le drapeau noir des anars et okupas.  On était bien à Barcelona, la seule ville au monde qui ait vécu six ans sous gouvernement anarchiste, avant que les communistes du Poum n’y mettent bon ordre, sabordant le navire face à la sanglante avancée de l’armée fasciste.

Sur la carte que Dagmar avait descendue d’Internet, ça semblait facile. Mais Nils avait déjà plusieurs fois fait le tour de Karl Marx, sans parvenir à tirer au clair les panneaux écrits en catalan et remarquablement mal placés, tandis que Léa tournait nerveusement la carte dans tous les sens. Dagmar éclata de rire et les rassura :

-         Ne vous inquiétez pas. Je vois ce que c’est. Quelque chose comme une mesure  fossile sournoise qui a survécu depuis l’ère dictatoriale. On connaît ce genre de musique, dans l’ex-Allemagne de l’Est. Comme nos chers ex-dirigeants et camarades dictateurs ne désiraient pas que nous allions voir ailleurs, eh bien la solution facile et pas chère était de mettre en place une signalisation routière chaotique, embrouillée voire illisible…

 

Le chemin de terre Santiater était étonnamment bien entretenu. La raison leur en apparut quelques centaines de mètres plus loin : des punkies de crête orange ainsi que des rastafaris aux lourds dreadlocks s’acharnaient à tasser la route, remplir les ornières, arracher les mauvaises herbes, drainer les bas-côtés... Un panneau signalait l’entrée du parc naturel de Collserola, qui, depuis les montagnes ceignant Barcelona, dominait la ville. Celle-ci disparut soudainement derrière le mont Segarra. A présent ils étaient dans une forêt ombreuse et tortueuse de pins maritimes sculptés par le vent, qui exhalaient d’entêtantes odeurs de résine. Les cigales criaient leur désir d’amour, plus fort encore que le bruit du moteur.  Ils étaient dans un autre univers, à dix minutes de la trépidante Barcelona.

 

Jordi les accueillit au siège social des sans toit, le navire amiral okupa, l’ancienne léproserie de Can Mas Deu, puis les guida au travers des ateliers : mécanique, tuyauterie, récupération, jardinage, cuisine, etc. Niels s’était fait passer pour ce qu’il était : un journaliste norvégien. Les filles jouaient les assistantes et le suivaient, notant tout sur des calepins. On leur déroula les paillassons. A l’étage se situaient les chambres communautaires, où  le séjour était gratuit, et les chambres privées, que l’on payait à discrétion, au-dessus d’un minimum de 10 euros par nuitée. Toute la léproserie était alimentée en solaire, il y avait même un hamman qui fonctionnait grâce à un système récupéré d’une piscine. Léa s’intéressa aux panneaux solaires pour l’eau chaude bricolés, une reproduction de la « boîte noire » de de Saussure. Le tuyau noir de conduite de l’eau avait été entouré de bouteilles de plastique puis placé dans un cadre avec un couvercle de verre. Jordi assura qu’en une belle journée d’été, l’eau montait facilement à 90º. Heureusement qu’ils jouissaient aussi d’une belle et fraîche source d’eau pure. La conjonction des deux eaux permettait de prendre des douches agréables en toute saison. Mais l’alimentation en électricité était assurée par des systèmes solaires commerciaux. Jordi se lamenta sur leur coût élevé et expliqua comment leurs mères s’étaient cotisées afin que leurs fils rebelles puissent aussi jouir du confort moderne, indispensable pour les réfrigérateurs et les ordinateurs, la connexion à Internet. L’électricité solaire et tous ses aléas représentaient leur seule dépense fixe. A cet instant, un type bizarre, qui portait des lunettes noires, un costume italien et des dreadlocks tout à fait pourris, l’interpella comme s’ils étaient tous sur un Forum antique.

-         C’est sur que le solaire, non seulement ça ne fonctionne pas mais en plus ça coûte la peau des fesses.

-         Ecoute, Carles, ne nous fais pas chier. Je suis avec des Journalistes de Norvège.

-         Attends, Jordi, je veux dire quelques mots à monsieur… Quelle solution alors ? Acheter de l’électricité nucléaire à la France ?

-         Non, non, la municipalité ne veut pas nous connecter au réseau, soi-disant pour cause de Parc Naturel. Pour nous, qui vivons ici isolés, le solaire c’est un bon moyen de sortir de l’ornière. Mais ça n’empêche pas que les systèmes soient hors de prix. Sans subventions, c’est impossible. Ce n’est pas rentable comme forme d’énergie.

-         Non mais, tu crois vraiment que les autres sont rentables ? A-t-on vraiment intégré au prix du Kw/h charbon le coût du réchauffement climatique ? Quant au nucléaire… Rien qu’en Suisse, environ 15% des bénéfices nets des centrales nucléaires sont conservés sur un fonds, qui fonctionne comme une caisse de pensions (CAD soumis aux aléas de la bourse), qui sert en cas de coup dur et qui servira en fin de vie de centrale à affronter les surcoûts du démantèlement (aucun pays n’ayant mené à bien cette phase primordiale pour la sécurité des citoyens, les coûts de démantèlement ne sont pas estimés ni  intégrés au coût du KW/h nucléaire, de ce fait très bon marché). La Suisse, avec ses cinq centrales, possède déjà 4 milliards de francs suisses sur ce fonds. On peut s'imaginer que la France en crise, avec ses 57 centrales, ne possède pas un tel trésor de guerre. Dans le cas de Superphénix, une redoutable centrale française dont le démantèlement a commencé (et devrait s'achever en 2038), les coûts s'élèvent déjà à 4 milliards d'euros. D'accord, la technologie présentée comme étant de pointe au moment de sa mise en service a secrété au fil des ans un terrible poison très dangereux, un sodium radioactif qui s'enflamme au contact de l'air et explose au contact de l'eau, ce qui complique un peu le nettoyage. Pour le reste, disons les parties moins affectées de la centrale (80%), les Français le traitent comme de la poubelle normale, c'est-à-dire que les déchets de la déconstruction de centrales nucléaires sont dirigés à peu de frais vers les dépotoirs où la population accumule les ordures (souvent à proximité des agglomérations). Alors, de quels budgets cause-t-on ?

-         Votre point de vue est intéressant, répondit le zigoto. J’aimerais vous faire une interview sur ma radio, Radio-Solomon. Mon bureau est situé dans le barri Gotic de Barcelona. Si vous le désirez, je vous y emmène et je vous ramène après auprès de vos amis.

-         Il faut que je leur en parle mais je crois que ça peut se faire… pour une fois qu’on nous ouvre les ondes ! Pas question de rater l’occasion !

-         Je vais chercher ma voiture.

 

Tant Dagmar comme Nils ne voyaient guère l’escapade de Léa d’un bon œil. Il fallait qu’ils restent un groupe. Mais Léa insista, séduite par l’opportunité de séduire la Catalogne par les ondes. La voiture du zigoto était une confortable mais discrète SAAB. Nils, connaisseur de ces voitures de luxe du Nord, fit la moue et releva l’immatriculation. Ce n’était pas une voiture d’activiste.  D’ailleurs, qui était ce type qui emmenait Léa ? Jordi le connaissait seulement de vue, et depuis peu encore. Selon lui c’était un provocateur et surtout un emmerdeur.



[1] Chemin, en catalan

[2] Vallée, en catalan

30 juin 2011

18. Léa se lance et balance à bouche que veux-tu !

Résumé du précédent épisode : En Euskadi, les activistes ont fait bombance avant de manifester à la centrale du Blayais. Sauf que, faute à pas de chance ou inconséquence, leurs bouilles se sont affichées sur l’ordinateur de Lebourrin qui convie un étrange personnage avec lequel il est sur le point de passer un marché.

 uzestemusicochap18b

1.                 T’es complètement dingue mon amour ! Tu ne peux pas rencontrer ce pseudo journaliste qui peut se cacher sous la casquette d’un flic, c’est trop risqué.

2.                 Calme toi ma belle teutonne aux obus divins, Nils va m’accompagner. Je ne risque rien.

3.                 Léa, dans ce cas je viens avec toi.

4.                 Désolée ma chérie d’amour tu risques de tout faire foirer. La vision de burnes sous un pantalon te donne la gerbe et la haine.

5.                 Je serai sage comme une image, je serai la garde rapprochée de ton  corps.

6.                 Justement, il n’en est pas question.

Dagmar sortit de la caravane en claquant la porte.

 

Frédéric, passablement amoureux, était parti surfer sans les vagues à l’âme familiale, avec Hegoa au Mexique et la bénédiction de Joël. De retour pour un bref passage en Gironde, Léa avait été contactée par un chroniqueur girondin, un certain Franck le Bartos, de mèche avec le groupe Joan Pau Verdier[1] d’Aquitaine. Il lui proposait une interview libre de propos pour s’expliquer et se défendre contre le réquisitoire des pandores qui lui courraient aux basques. Le zigue écrivait pour un webzine basé à Paname. Il avait la plume pas du tout à l’ordre du jour des convenus journalistiques. Léa était intriguée. Nils comme à l’accoutumée était septique comme une fosse bouchée et Dagmar rêvait de lui tordre les couilles pour lui apprendre à se couper la nouille à ce con.

Ils avaient rencard à l’Estaminet d’Uzeste, le quartier général musical textuel de la Compagnie Lubat[2] dans l’autogestion des sons festifs et vivants de Gasconha.    Nils sur sa bécane avait repéré les lieux. La voie était libre. Le Bartos était ressorti avec Léa qui le menait à la bagnole où elle lui attacha les poignets dans le dos et lui passa un bandeau sur les yeux. Les activistes fouillèrent le chroniqueur la bouche en cœur et ne décelèrent aucun micro néfaste caché sur lui. Nils prit le volant et emmena le joyeux aéropage vers une plage encore déserte. Ils décidèrent de tous les critères idoines pour accepter que Léa se fasse tirer le portrait et donne de la voix devant un fond neutre représentant le port d’Honfleur, qu’avait confectionné Nils, histoire aussi de brouiller un peu plus les pistes. L’interview eut lieu d’une traite avec des questions ouvertes. Ce qui permit enfin à Léa de mettre une bonne fois pour tous les points sur les i. Elle fulmina contre sa condition de sans toit ni loi qui lui était imposée. Elle était innocente de tous les méfaits explosifs contre la rédaction de Webactu et pas du style à se faire sauter le caisson avec ses amis journalistes. Les accusations devaient se porter du côté des renseignements généraux à la solde de la clique du sarkophage et des grands patrons du nucléaire français qui voulaient garder leurs avantages sur cette énergie imposée par la force et contre le gré des populations, depuis les années Giscard. Fukushima avait prouvé les dangers avérés du nucléaire civil sans en tirer tous les enseignements. Elle ne pleurait pas Anne Lavergerond virée de son poste de grande propagandiste en chef de la nucléocratie à la française. Sans doute qu’à force de bétonner ses centrales, son compteur Geiger avait dérapé ! Celle-là même la mieux défendue par le coq du ps, le F. le Hollandais qui pourrait devenir président de la république en 2012 ! Bonjour le cauchemar radioactif, la rose au poing. Celle qui fut aussi une proche collaboratrice de Tonton premier dans les questions de stratégie économique. Avec DSKAS, encore lui, qui la nomma PDG de la Compagnie générale des matières nucléaires qui deviendra Aréva. Combien la chère très chère dame allait-elle toucher au chomdu, sachant que son salaire s’élevait à la bagatelle de 1,12 millions d’euros par an ? Avec une telle somme on pourrait lancer l’idée des panneaux solaires pour toutes les habitations. Et puis pour une fois qu’elle pouvait s’exprimer. Léa se lâcha contre les ayatollahs pseudos scientifiques officiels qui pourrissaient les médias de toutes leurs inepties. Ce Luc Ferryboat, arnaqueur universitaire glandos, qui fit entrer au Conseil d’analyse de la société (un simulacre d’incapables) Amélie de Bourbon-Jambon de Parme épouse d’un des frères Boudinof. Sachant que les frangins avaient pondu récemment une nouvelle arnaque intellectuelle (une de plus !) tant scientifique que rationnelle touchant cette fois les hautes sphères du cosmos, qui aurait été conçu selon un haut jet de foutre divin ! Sachant aussi, digne retour de manivelle entre ami, c’était le féru Ferryboat qui écrivit la préface de ce chef d’œuvre ! Toutes les obédiences putatives étaient représentées dans cette noble assemblée…

7.                 Hum, hum, vous ne trouvez pas qu’on s’éloigne un peu du sujet, tempéra le Franckos un peu dépassé par les évènements ?

8.                 Tu me laisses parler ou je me barre, compris ? J’abrège aussi les facéties du Claudio Allegro qui soutient mordicus l’inexistence de l’amiante dans les soutes de la fac de Jussieu, alors que j’étais sur le point de le démasquer, avant que cette bombe ne me détruise l’existence. Je finis. Dans cette société des amis du Ferryboat, on y trouve  tout droit sorti du chapeau du magicien Gnangnan: un cureton, un rabbin, un islamologue et même en cas de maladie avérée, la directrice générale en charge du laboratoire Servier qui pouvait vous sauver la vie en vous proposant son bonbon favori : le Mediator ! Passez la monnaie et les tours de passe-passe… Toutes ces crapules accaparent les médias et évincent les instances objectives et les associations indépendantes à propos du nucléaire. Je vous demande un peu, pourquoi la médiocratie, pour remplir la part de cerveau disponible et la panse grasse, vogue grand largue sur la populace abrutie et désinformée ?

Elle termina son numéro de trapéziste avec son hiatus dont elle était le plus fière.

9.                 En matière de nucléaire, il n’y a que les failles qui aillent à la France. Boum quand le nucléaire fait boum. Rideau.

Afin de garder le contrôle complet sur l’enregistrement, Nils subtilisa l’enregistreur des mains du Bartos.

10.            C’est nous trois qui retranscrirons l’enregistrement et qui te ferons parvenir le résultat près à publier.

11.            Mais, je ne te travaille jamais de cette manière !

12.            C’est ça ou rien du tout, pigé mec ?

Devant l’air menaçant du géant le chroniqueur remballa ses remarques.

 

Pendant que ça gaussait dans le sud-ouest, à Paname, l’homme en costume cravate de marque qui se prenait très au sérieux ouvrit une enveloppe remise par Lebourrin. Elle  contenait des renseignements pointus issus du réseau national de surveillance des citoyens. Lebourrin, en tant que fonctionnaire trop pingre de son salaire de misère, savait offrir ses services au plus offrant. Il en était même assez fier finalement. Mis en confiance dans ce contexte de complaisance des sens et des révélations onéreuses, Lebourrin tenta une légère inclinaison à porter de la voix.

13.            Vous savez peut-être déjà où ils logent en France ?

14.            Il sentait bon le sable chaud, mon légionnaire. Abruti, tu connais ?

15.            Faut que j’en cause deux mots à Madame Romano.

16.            C’est qui encore celle-là ? C’est une indic ?

17.            Oui et non, ce serait trop long à vous expliquer, n’empêche…

18.            Ferme ton clapet. J’y vais. Je te tiens au courant. Motus et bouche cousu à propos de notre accord. Sinon….

Il mima le sourire kabyle qui riait aux éclats.

 

19.            Les filles, les filles, Joël nous a déniché une planque fiable à Barcelone : Can Masdeu[3], une ancienne léproserie !

20.            Tu charries mon pote, après le Père Lachaise, tu nous enterras tous ! Je préfère encore les sushis radioactifs !

 

 

 



[1] Joan Pau Verdier : auteur/ compositeur/ interprète franco/occitan : http://joanpauverdier.free.fr/actualite.htm

[2] Bernard Lubat : scatrap jazzcogne : www.cie-lubat.org/Oeuvriers/Bernard-Lubat

[3] Les sentiers de l’utopie, un livre film d’Isabelle Fremeaux et John Jordan, éditions Zones, 2011

http://lessentiersdelutopie.wordpress.com/?blogsub=confirming#subscribe-blog

24 juin 2011

17. Un jour il faut passer à la caisse

Résumé du précédent épisode : Joël tente une escapade depuis le Pays Basque via Barcelone pour s’envoler vers l’Islande quand un méchant nuage le cloue au sol. Il entend les échos de Lucio un militant libertaire tandis que les autres activistes se bougent depuis Pyla et que Léa veut aller manifester contre la centrale nucléaire du Blayais en Gironde.

 hondag

 

-         Abruti ! Crétin ! Bâtard, ahuri, honte de la famille ! Soixante-huitard de merde ! Comment as-tu osé ?! Mon petit Frédéric…

-         Ma chérie ! Ce n’est pas du tout ce que tu penses !

-         Je ne suis plus ta chérie depuis au moins trente ans ! Est-ce que tu saisis au moins ce que signifie un Bac C ?

-         Mais avec son prix au concours Lépine, il rentre au MIT[1] comme il veut !

-         Il ne manquait plus que cela, qu’il disparaisse outre-Atlantique ! Non mais tu te fous vraiment de la gueule du monde ? C’est pas parce que tu t’es pas foulé à te reproduire qu’il faut détruire les familles de ceux qui t’aiment!

-         Excuse-moi d’insister mais je te disais bien qu’il s’agit d’un problème affectif...

-         Salope ! Crevure ! J’aurais ta peau !

 

Joël considéra le combiné d’un air embarrassé. Marie-Sophie, la mère de Frédéric, avait raccroché brutalement. Il valait mieux ne pas la rappeler tout de suite. Le regard de Joël dériva au-dehors de la cabine téléphonique. Au-delà des murs médiévaux, pierre  tagguée de graffitis hébreux, il y avait le célèbre bar alternatif La Vaca, planqué derrière des rideaux de fer rouillés. Hegoa avait tenu à y aller parce qu’on racontait sur la côte basque que Manu Chao, le swing aux basques, y jouait parfois des bœufs sur les caisses en carton faisant office de table. Joël  les imagina tous les deux, les mains dans les mains. Ils attendaient le verdict. Hegoa devait partir au Mexique, à Puerto Escondido, se fondre dans les impressionnants rouleaux du Pacifique. Pour Frédéric, il n’y avait aucune négociation envisageable. Il devait suivre Hegoa afin de la protéger des serpents de mer, des requins et de ses collègues surfers aux corps athlétiques et basanés. Mais le môme avait tout de même pressenti l’ouragan maternel à cause du bac C et supplié que Tonton se colle au jeu du médiateur.  Joël se gratta la tête : comment allait-il leur annoncer ça ?

 

Niels conduisait la voiture hybride qu’il avait louée à Hondarribia, sitôt passé le fleuve-frontière. L’exigence immédiate de Léa l’avait cependant saturé. Comment pouvait-elle être aussi légère ? Elle avait insisté, soutenue sans défaut par sa morpionne de Dagmar, toujours plus bougonne. A 18 heures, sur la rive sud de la Bidassoa, il était hors de question de ne pas courir se goinfrer de délicieuses tapas[2] dans les bars du port d’Hondarribia. La militance ne peut pas et ne doit pas empêcher la gastronomie !  Léa eut de surcroît l’impudence de préciser que l’on y mitonnait la meilleure morue au monde, ce qui assombrit définitivement le géant norvégien.  Mais la vérité ultime, c’était que les tapas d’Hondarribia, c’était le bon dieu en culottes de velours, après tant de jambon de Bayonne… Un petit txacoli de Guetarria bien frappé là-dessus et ils oublièrent jusqu’à la centrale du Blayais où ils s’étaient rendus la veille…

 

En revanche, on n’avait pas oublié leur passage tapageur. Les militants déployaient sur les digues de la centrale, positionnés depuis la Gironde pour éviter les accusations d’atteinte à la propriété privée,  de grandes bâches de plastique sur lesquelles était écrit « Centrale atomique en voie d’extinction » ou encore « Déblayez le Blayais », « Gironde saine », etc. Ceux de Greenpeace vinrent serrer la pince de Nils : ils se connaissaient d’actions sur les plateformes pétrolières en Mer du Nord.  Zuleika, une grande asperge polonaise aux cheveux carotte ébouriffés, le salua l’air de rien et ils s’éloignèrent aussitôt. Ils ne se parlèrent que face au fleuve, sans témoins.

-         Ça va, Zule ?

-         Ça fait aller. Mon mec est en tôle à Dresde. Les risques du métier…

-         Mais en Allemagne, comme activiste écolo, il risque vraiment quelque chose ?

-         Détrompe-toi, depuis que les Verts sont arrivés au pouvoir, ils veulent démontrer qu’ils savent aussi faire respecter l’ordre…

-         Le pouvoir absolu corrompt absolument.

-         Bon, finissons-en avec les formalités sociales, on n’est pas sur Facebook.

-         C’est quoi cette situation d’alerte ?

-         Un chapitre de l’histoire de l’humanité, nommé « Tremblements de terre et centrales nucléaires ».  Je te jure qu’on dirait qu’ils le font exprès. Les centrales sont toutes construites sur des sites sensibles, comme ici au Blayais ou à proximité de failles sismiques, comme au Bugey.

-         Quelle est la situation sur place ?

-         Lors du tremblement de terre en Méditerranée, les piles de déchets nucléaires, oubliés depuis dix ans à la centrale du Bugey, se sont effondrées. Un de ces bidons contenait de l’eau fortement radioactive, il s’est renversé sur le sol, à même la terre. Les spécialistes travaillent afin d’éviter que cette eau contamine la rivière et provoque ainsi un accident radioactif majeur dans le Rhône.

-         Ah. C’est pas rien, tout de même…

-         Mais le problème, c’est que depuis l’accident de Fukushima, les français font dans la chape de béton armé en guise de transparence en matière de centrale nucléaire, confondant sarcophage et information démocratique. On ne peut pas approcher à moins de dix kilomètres du Bugey, la gendarmerie monte la garde pour qu’on ne sache rien, ils défendent une entreprise privée comme s’il s’agissait de l’honneur de la nation. Mais bon c’est vrai, Areva est l’exception européenne, une entreprise privée sous le contrôle direct du président de la République française… Une seule chose est sûre, on n’en saura pas plus…

-         Et cette histoire de Fukushima, c’est vraiment grave ?

-         Quoi, Nils, toi, tu n’es pas au courant ?!

-         … J’étais absent…

-         Le plus fort tremblement de terre de l’Histoire de l’Humanité a provoqué sa pire catastrophe nucléaire. Trois réacteurs en fusion, un caisson de contention qui n’est plus étanche, des millions de litres d’eau contaminée déversés dans la mer et encore autant sur le site. Le gouvernement nippon a prétendu dès le départ que la situation était sous contrôle mais en réalité le réacteur 1 a commencé à fusionner seulement 16 heures après le séisme…

 

A cet instant, les CRS arrivèrent sur le site. Zuleika revint vers ses collègues, qui s’enchaînaient entre eux et aux bâches, se préparant au choc. Elle conseilla la fuite à Nils. Il repêcha à la hâte Léa et Dagmar entre des militants qui chantaient le Aka[3], pour se donner du courage et ils parvinrent tous trois à s’enfuir avant la charge policière.

 

Le technicien cliqua sur le bouton de droite  de la souris et choisit « Imprimer ». La photo HQ  de Nils, Léa et Dagmar s’enfuyant dans la panique de la manifestation au Blayais sortit sur l’imprimante.  Lebourrin s’en saisit et la montra à un type en costume Gucci et lunettes noires.

-         Bon, je suppose que si on file ça à vos gusses, ça sera suffisant pour les faire taire.

-         Ne vous méprenez pas sur mes intentions. Je veux juste récupérer mes fonds.

-         On pourrait joindre l’utile à l’agréable, non ?

-         Je crois qu’on ne joue pas dans la même catégorie. Je travaille pas pour l’Etat français, mes tarifs sont trop élevés pour eux.

-         Et qu’est-ce qu’on fait pour l’autre zozo, celui de Webactu ?

-         Ils sont à Barcelona, pas vrai ? Tu n’as aucune compétence de ce côté-là des Pyrénées, donc, c’est moi qui m’en occupe. Comme des autres, d’ailleurs… Et toi, tu fermes ta gueule d’incompétent.

-        

-         Vois le reste avec mon secrétaire. Il te remettra l’enveloppe…



[1] Massachusetts Institute of Technology

[2] Genre culinaire espagnol, élevé à Art par les basques espagnols. La tapa ou couvercle où était disposée un peu de nourriture fut destinée à recouvrir les verres des écuyers de Carlos III, afin que ceux-ci mangent entre chaque verre d’alcool et que, par conséquent, un peu moins saouls, ne fassent plus verser le carrosse royal. La tapa a pris ses lettres de noblesse au 20ème siècle, tout d’abord en Euskadi puis en Catalogne et enfin dans le monde entier.

[3] Chant guerrier maori

15 juin 2011

16. Lucio et Le méchant nuage islandais… la caravane passe !

 

Résumé du précédent épisode : en panne sèche de carburant et d’oseille, Joël envoie Frédéric prélever à Douai un impôt révolutionnaire à une organisation  internationale de blanchiment d’argent. On the road again, tout le monde descend à la dune de Pyla dans le sud-ouest.

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Joël, tout rafistolé de la face aux baccantes et cheveux blonds cendrés, après le passage obligé sous la coupe du coiffeur d’un de ses amis qu’il avait du côté de Biarritz, ne se sentait plus pousser les ailes. Comment rallier Reykjavik en passant inaperçu. La voie maritime, pas question, le temps pressait. Il n’avait plus d’autres choix que de prendre son envol depuis un aéroport où il devrait jouer les passe-murailles à la vue de la marée chaussée. Quitter la France par les Pyrénées sans se risquer à la vie brève d’un Walter Benjamin à bout de force. Vaste dilemme ! Le coupe tif appartenait à un réseau libertaire d’anciens passeurs de compagnes et compagnons libertaires en fuite du régime de Franco. Certes, même s’il n’avait plus les gambettes qui dansaient le jerk sur les contreforts. En revanche, son fils Ortzadar était tout désigné pour le remplacer.   

Lors d’un repas fraternel et bien arrosé comme les Basques en ont le secret, Joël se régala d’un merlu aux oignons dorés et poivrons doux. Il fit la connaissance de Satur Urtubia qui était toujours enthousiaste à l’égard de son frangin Lucio, célèbre anarchiste, faussaire, braqueur…mais tout d’abord maçon.

-         Il n’était pas bagarreur mais il pouvait être énervant. Il était aussi un peu fou et excellent monnayeur. Avec l’impression de vingt millions de dollars de faux travellers chèques, tu n’imagines pas. C’est lui qui a mis à genoux la First National City Bank, la plus grosse banque mondiale, avant de se prendre un retour de bâton derrière les barreaux où il obligea les grands banquiers à négocier ! C’était un homme qui mettait toujours en avant sa morale anarchiste, dès lors qu'Il n'y a pas de profit personnel et que tout revenait aux comparses fraternels. Voler les riches n'est pas du vol mais un devoir et un sport de combat.

Oui, en effet maintenant lui revenait en images le documentaire basque intitulé justement « Lucio ». Avec les nouveaux moyens technologiques à portée de doigt, Joël se demanda comment un tel homme les aurait utilisées pour mettre à terre toutes les banques fer de lance de l’édifice capitaliste. Il se sentit tout petit à côté du portrait de cet homme entier pour le moins singulier qui avait milité toute son existence dans un esprit de partage. Après quelques verres de sangria, Il jugea mi-figue mi-raisin, que l’équipe de branquignoles formée de Frédéric, Nils et les deux jeunes femmes, n’avait pas inventé la chignole.

L’air des hauteurs à vouloir toucher le ciel impulsait ses pensées à s’élever. Ses pieds peu habitués aux marches lui rappelèrent le chant des ampoules. Côté basque espagnol, une autre équipe le prit en charge jusqu’à Barcelone où il ragea pour une fois contre dame nature. Les Trolls s’étaient donné rencard pour qu’il ne parvienne jamais en Islande à temps. Sous le nom de Grimsvoetn, un volcan crépitait ses fumées et entachait le trafic aérien. Il fulminait sa rage. Ce style de  nouvelles en principe le mettait en joie d’économiser des millions de litres de kérosènes à ne pas cracher les poumons de notre atmosphère terrestre. Mais quand les retombées le concernaient lui directement, il redevenait le pékin moyen débile à trop regarder son nombril. Encore un rencard raté avec Julian Assange ! Il était coincé à Barcelone pour une durée indéterminée…. 

En raccourci et en langage codé par le bigot phone, Joël apprit de la bouche de sa sœur que le manque à l’appel de Frédéric à son bahut avait éveillé quelques soupçons. Elle inventa quelques bobards et raisons de santé d’un concombre espagnol mal passé qui avait dû nécessiter l’hospitalisation de son rejeton en vacances chez ses grands-parents. Tous les profs s’étaient mis en cinq pour faire parvenir les cours à leur élève prodige. En attendant celui qui ne se foulait jamais le derche pour cogiter ses équations et qui se passionnait pour la philosophie de Nietzche apprenait à buller et butiner les surfeuses, du moins une en particulier. Une certaine Hegoa à la chevelure tournesol qui lui tourneboulait tous les sens, qu’il en perdait la boussole. Une peau tannée, un joli nez bien droit dessiné au milieu du visage soulignait des quinquets très noirs et perçants qui riaient tout le temps. Elle portait son prénom à contenter la merveille du monde. Quand elle lui confia la signification, il lui jura qu’elle le portait à la perfection. Les montagnes qui se jettent dans l’océan Atlantique, c’est forcément le sud et le sud c’était Hegoa à la perfection. Athlétique et de sept ans son ainée, elle se fichait pas mal de détourner un ado de sa puberté pour l’initier aux arts des corps à corps avec tous les plaisirs de la vie. Le bigleux boutonneux un peu rachitique, tout le contraire de ses amis surfeurs, avait un œil pétillant et de l’esprit avec des mots à lui et des autres qu’il conjuguait au présent d’une poésie réaliste qui la touchait. Il n’avait pas l’insolence de ces parigos outranciers et si méprisants pour les autochtones et qui se croyaient toujours en terrain conquis. Au début, elle s’amusa avec ses allures de môme un peu paumé, puis elle perça sa finesse et son humour charmeur. Résultat des vagues sur le calendrier, Frédéric aspirait à la couche dans la caravane de sa bonne copine et avait oublié tous les rudiments du lycée caserne. Il n’ouvrait plus sa boite courriel mais seulement son corps à elle.

Nils le théseux en physique quantique cachait bien son jeu. Il apprenait avec une observation minutieuse des ondulations marines dans un vrombissement assourdissant et la force des courants selon les marées, à calculer les courbes et choisir la bonne vague, la vague ! Il progressait et affinait sa technique. Il avait tout de suite été accepté parmi la communauté des surfeurs. Un certain succès d’estime était partagé envers lui au grand dam de Léa qui ne le voyait pas de ce regard. D’autant que Dagmar escaladait au moins deux fois par jour la dune de Pyla les pieds nus. C’était bon pour son entrainement, et dès fois qu’il faille manger du sable des déserts, elle disait. Léa commençait à s’ennuyer ferme. Joël lui manquait. C’était le seul adulte de la bande qui avait vraiment les épaules larges et la tête au clair. Une envie de bouger de ne pas s’encrasser la turlupinait. Insouciants et pas vraiment conscients de la situation, Nils, Dagmar et Frédéric décompressaient pendant que Léa bouillait de l’intérieur.

Une manif était prévue cette prochaine fin de semaine à la centrale du Blayais dans le département de la Gironde. Ses petons la démangeaient de se manifester avec les personnes un peu conscientes et militantes, tout du moins un minimum informées des dangers de l’atome et qui savaient parfaitement que Fukushima était un clone de toutes les centrales nucléaires en activité sur la planète. Bon vent ! Seulement c’était très risqué. Les flics en visionnant les bouilles des manifestant(e)s pouvaient la repérer. Mais qu’à cela ne tienne, une activiste derrière son écran était une activiste à moitié crevée. Contrairement à Dagmar. Elle ne croyait toujours pas à la pertinence des appels à la révolution par ondes interposées. Rien ne valait le contact charnel des corps qui meuvent leur pas dans la même direction d’une même voix forte. Alors, j’y vais ou j’y vais pas ?

9 juin 2011

14. Sur la route sans Freud, ça déménage pourtant !

 

Résumé de l’épisode précédent : si le magma terrestre relève de la dynamique des fluides, suite aussi au tsunami du Japon, nos trois activistes, avec Joël et son neveu Fred embarqués dans un drôle d’engin hybride, risquent comme tous les habitants de la planète de ressentir encore tantôt d’autres secousses de magnitudes encore plus catastrophiques….. Santé !

betgbaja

 

 

-          Les tunnels, je sais pas pour vous, mais moi j’en ai soupé au moins quatre épisodes de ma maigre existence. Je veux respirer à l’air libre. Je veux sortir !

Nils brandissait déjà la piquouze du professeur Frankenstein sous les yeux hébétés de Dagmar.

-          C’est une manie chez toi de vouloir piquer quelque chose de dur dans l’intime d’une frangine. Fiche la paix à Léa et ne t’avise plus jamais de la toucher.

Par le pare-brise, le grand blond jaillissait en rayons au zénith et la campagne briarde avec ses champs de betteraves à perte de vue vous épluchait le moral à plus de relief. C’était aussi comme si on avait rayé la route nationale de tous les véhicules en mouvement. Le tank DS antique s’astiquait les tiques et avançait toujours sa carcasse. Dagmar avait pris dans ses bras son amante et la câlinait. Frédéric Dupont quelques boutons d’acné et toutes ses dents se rinçait les mirettes dans le rétro et faillit emboutir un car de touristes japonais, toutes portes ouvertes planté en plein milieu de la chaussée distendue.

Sueur froide et atmosphère orageuse.

Joël annonça à la compagnie : Pause pipi, tout le monde descend.

-          Minute je teste.

Dagmar donna le feu vert. La petite troupe s’ébroua, cherchant son petit coin. Au moment de repartir. Léa avait disparu.

-          Quelqu’un a vu Léa ?

-          Merde la conne, elle nous fait une crise d’identité. Déjà tout à l’heure, c’était moins une.

-          Et je suppose que tu as un remède, toi la mante religieuse berlinoise qui en connait des répliques à la gente féminine.

Dagmar pour répliquer avait déjà levé la main sur Nils qui avait paré le coup.

-          CA SUFFIT MAINTENANT !

Joël avait élevé le ton.

-          Tonton, tu ne m’avais pas dit que ces deux femmes avaient un grain.

-          Tais-toi, Fred, on n’est pas dans un de tes jeux vidéo débile à la con. Il est question ici de Léa, la plus fameuse teigneuse journaliste qu’il m’a été donné de rencontrer. On est pressés, ça consiste en quoi les crises d’identité de Léa ?

-          Ben, c’est-à-dire, c’est un truc de filles. Aucun scientifique n’y comprendrait que dalle. Encore heureux, le Freud a été démasqué pour sa grande arnaque de son imposture à la psychanalyse bourgeoise du zigue très intéressé aux intérêts de son portefeuille. Ce n’est pas avec des mots valise qu’on entre dans la tête des gens pour expliquer leurs comportements et les mettre ainsi dans des cases normées pour bien les maintenir sous la domination sociale de divan le terrible et toutes ses terribles dérives des sociétés totalitaires.

-          Où peut-elle être ? A part ce champ, il n’y a rien, c’est la désolation !

-          A moins que…

 

Dagmar pianota sur les touches de sa bécane et les mots de Léa lui répondirent aussitôt en écho.

-          Bougez pas les mecs je vais la chercher.

Dix minutes plus tard, Léa était à bord. Personne ne se permit de ramener sa fraise. Les tensions de chacun des occupants étaient encore palpables. On roulait en silence quand Léa s’épancha.

-          Désolée les amis, parfois je ne sais pas me contenir. Ça me monte à la tête. C’est comme si un troupeau d’éléphants me trottait dans le cerveau. Je sens qu’il va éclater. Ma calotte crânienne est trop petite pour le contenir et il me vient des images bizarres. Par exemple, tout à l’heure, j’ai vu qu’on était cernés par des chars et notre engin qui se prenait un fossé et puis après, plus rien le vide. J’en ai marre de cette cavale. Je n’ai pas été préparée et je ne l’ai pas voulue. Etre étrangère sous une autre identité partout où on ira, je ne sais pas si j’aurai la force de le vivre. Vous devez me prendre pour une cinglée. Je ne me sens pas assez forte. Je ne suis pas Bakounine courant de barricades en barricades en Europe et portant la révolution anarchiste, alors que le salopard de Marx était plus occupé à engraisser sa bonne et lui casser la baraque derrière son dos. J’ai besoin de souffler. Vous comprenez ça ?

Ce fut encore Joël qui calma les ardeurs.

-          Léa, ta réaction est bien naturelle, on ne t’en veut pas. Seulement n’hésite pas à nous parler si tu n’es pas bien. Notre seule force pour le moment c’est de rester groupé. On descend dans le Sud. Je connais une planque.

-          Pas de celle j’espère de l’autre géant à trois pieds sous terre !

-          Tais-toi Dagmar. On a besoin de sérénité.

-          Je commence à avoir la dalle, pas vous ?

C’était l’autre asticot d’ado qui répliquait ses gargouillis dans son estomac.

-          Comme je ne connaissais pas vos habitudes culinaires et pour ne pas faire d’impair, j’ai prévu une bonne salade végétarienne du soleil levant au tofu, aux graines germées de quinoa tournesol, lentilles vertes et sésame très légères et digestes.

-          C’est parfait pour moi.

-          Nous aussi, pas vrai Léa ? Il est super ton rédac !

-          Tonton t’exagère, tu veux nous tuer avec ta bouffe de ouf du Japon et mes hamburgers, alors ?

 

A Paname c’était la guerre des communiqués chez la maison poulaga. Y’en avait même un qui avait la grosse tête. Le poulailler, c’était plus vraiment sa chique. Il en avait ras la trique des échecs. Les trois terroristes avaient encore réussi à prendre la fuite. Lebourrin bourré aux amphés ne tenait toujours pas son trophée pour partir la tête haute en retraite bien méritée !

Il se réveilla sur une civière, la caboche bandée et une bosse en guise de réseau de pensée. Il voulut se lever mais tangua. Il gueula.

-          Que m’est-il encore arrivé ?

Un collègue en civil (pléonasme me direz-vous) lui narra ses aventures en peau de banane.

-          Chef, c’est vous qui avez voulu investir le tu, le tutu, le tunnel en premier. Après une course poursuite et une sacrée débandade, vous êtes enfin parvenu à une bouche d’égout, du modèle en fonte dont se servaient les insurgés de mai 68 pour se défendre. Vous n’avez présagé de vos forces et au lieu d’ouvrir vous vous en êtes sorti avec un gros bobo au calot !

 

 

Tandis qu’à la campagne, encore plus terre à terre, la voix de Higelin crachait des enceintes « Irradié ».

« Irradié, voyageur immobile, / Je suis le sage, le fou le débile et /J’entends les rumeurs de la ville. / Compagnon des lézards obscènes, / Je déjeune à minuit / De girafes rôties qui battent encore de l’aile / Sous le menton crochu des sorcières malsaines. / Je suis du village l’idiot et j’entends les rumeurs de la ville. »

Et encore plus trivial :

-          Tonton, je crois qu’il n’y a plus d’essence !

 

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  • C'est le grand retour du feuilleton! Sur des sujets brûlants dont normalement, ON N'EN PARLE JAMAIS. Mais justement, on ne va plus parler que de ÇA. Nos deux auteurs, Fred Romano et Franck dit Bart attendent vos commentaires
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